ONZE

LAUREL TREMBLAIT MAINTENANT DE TOUT SON CORPS. Elle sentait les bras chauds et lourds de David autour d’elle, et il semblait que c’était la seule chose qu’elle était capable de ressentir. Il était sa bouée de sauvetage, et elle ne savait pas si elle serait en mesure de survivre aux quelques secondes suivantes s’il la lâchait.

— Que suis-je censée faire, David ?

— Tu n’as rien à faire.

— Tu as raison, dit-elle d’un ton découragé. Il me suffit d’attendre que le reste de mon corps réalise qu’il est mort.

David l’attira contre lui et lui caressa les cheveux. Elle s’accrocha à son chandail pendant que les larmes la submergeaient et qu’elle s’efforçait de reprendre son souffle.

— Non, murmura David tout près de son oreille. Tu ne vas pas mourir.

Sa joue rude et parsemée de poils épars d’une barbe de quelques jours se frottait contre celle de Laurel. Il fit glisser le bout de son nez le long de son visage, et les larmes de son amie s’arrêtèrent quand elle reporta son attention sur ce qu’elle éprouvait lorsque son visage touchait celui de David. Il était si chaud contre sa peau, laquelle était toujours fraîche. Il effleura son front avec ses lèvres, et elle sentit un minuscule frisson lui parcourir la colonne vertébrale. Il reposa son front sur le sien et les paupières de Laurel s’ouvrirent d’elles-mêmes, ses pensées perdues dans l’océan bleu des yeux de David. Pareil au souffle de la brise, il baisa la bouche de Laurel, et une vague de chaleur comme elle n’en avait jamais ressenti déferla de ses lèvres jusqu’à son visage.

Comme elle ne bougea pas, il l’embrassa de nouveau, avec un peu plus d’assurance cette fois. En un instant, il fit partie de la tempête qui faisait rage en elle. Elle enroula ses bras autour de son cou, l’attirant plus près d’elle et l’enserrant davantage en essayant de faire pénétrer cette incroyable chaleur à l’intérieur d’elle. Cela dura peut-être des secondes, des minutes, des heures – le temps était sans importance alors que son corps chaud se pressait contre le sien et que la tiédeur l’enveloppait lentement.

Quand David s’écarta presque violemment et prit de grandes respirations pour retrouver son souffle, la réalité se fraya un chemin dans l’esprit de Laurel. Qu’ai-je fait ?

— Je suis tellement désolé, murmura-t-il. Je ne voulais pas…

— Chut.

Laurel appuya ses doigts sur les lèvres de son ami.

— Ça va.

Elle ne le lâcha pas et comme elle ne semblait pas protester, David se pencha de nouveau vers elle avec hésitation.

À la dernière seconde, Laurel l’arrêta en posant une main sur son torse et secoua la tête. Elle prit une profonde inspiration, puis elle dit :

— Je ne sais pas si ce que je ressens est réel ou simplement dû à la panique ou…

Elle marqua une pause.

— Je ne peux pas faire cela, David. Pas avec tout ce qui se passe en plus.

Il se dégagea lentement et resta silencieux un long moment.

— Alors, j’attendrai, dit-il, à peine audible.

Laurel ramassa son sac à dos.

— Je devrais partir, déclara-t-elle inutilement.

David la suivit des yeux pendant qu’elle traversait la pièce.

Elle fit une pause pour regarder une dernière fois derrière elle avant de passer la porte et de la refermer après son passage.

 

*

* *

 

En biologie, Laurel choisit sa place habituelle, mais elle ne sortit pas ses manuels. Elle était assise très droite et tendait l’oreille pour entendre le son familier des pas de David. Malgré cela, elle fut surprise quand il lâcha bruyamment son sac à dos sur la table à côté de la sienne. Elle s’obligea à lever les yeux vers lui, mais au lieu du visage crispé et prudent qu’elle s’attendait à voir, elle trouva un grand sourire et des joues rougies par l’excitation.

— J’ai fait quelques lectures hier soir, lança-t-il sans la saluer, et j’ai des théories.

Des théories ? Elle n’était pas certaine de vouloir les connaître. En fait, quelque chose dans l’expression de David lui disait qu’elle était assez certaine de ne pas vouloir savoir.

Il feuilleta un livre et le déposa ouvert devant elle.

— Une dionée ? Tu es vraiment doué pour chanter la pomme à une fille.

Elle tenta de repousser le livre vers lui, mais il plaça ses deux mains dessus et le maintint en place.

— Écoute juste pendant une seconde. Je ne dis pas que tu es une dionée. Mais lis un peu sur ses habitudes alimentaires.

— Elle est Carnivore, David.

— Techniquement, oui ; mais lis pourquoi.

Ses doigts volèrent au-dessus des paragraphes qu’il avait surlignés en vert vif.

— Les dionées poussent mieux dans un sol pauvre – généralement un sol qui a très peu de nitrogène. Elles mangent des mouches parce que le corps de ces dernières contient beaucoup de nitrogène, mais pas de gras ni de cholestérol. Ce n’est pas pour la viande ; c’est pour le type de nutriments dont elles ont besoin.

Il tourna à la page suivante.

— Regarde ici, on nous informe comment nourrir une dionée domestique. On apprend que beaucoup de gens la nourrissent avec de petits morceaux de bœuf haché et de steak parce que, comme tu l’as dit, ils pensent : « Hé, elle est Carnivore. » En fait, tu peux tuer une dionée en lui donnant du bœuf haché, car il contient beaucoup de gras et de cholestérol, et la plante est incapable de digérer cela.

Laurel se contentait de fixer l’image de la plante monstrueuse en se demandant comment diable David avait pu s’imaginer qu’elle lui ressemblait.

— Je ne te suis pas, dit-elle d’une voix monocorde.

— Les nutriments, Laurel. Tu ne bois pas de lait, non ?

— Non.

— Pourquoi pas ?

— Cela me rend malade.

— Je parie qu’il te rend malade parce qu’il contient du gras et du cholestérol. Qu’est-ce que tu bois ?

— De l’eau, du soda.

Elle marqua une pause, réfléchit.

— Le sirop des pêches en conserve de ma mère. C’est à peu près cela.

— De l’eau et du sucre. As-tu déjà versé du sucre dans un vase de fleurs pour les maintenir en vie ? Les fleurs adorent cela ; elles l’aspirent immédiatement.

L’explication de David avait beaucoup trop de sens. Laurel commença à avoir mal à la tête.

— Alors, pourquoi est-ce que je ne mange pas de mouches ? demanda-t-elle d’un ton sarcastique en se frottant les tempes.

— Elles sont trop petites pour t’être utiles, j’imagine. Mais pense aux choses que tu manges. Des fruits et des légumes frais. Des plantes qui poussent dans le sol et qui ont aspiré tous ces nutriments par leurs racines. Tu les manges et tu profites des mêmes nutriments que si tu avais des racines et pouvais te les procurer toi-même.

Laurel resta silencieuse pendant plusieurs secondes alors que monsieur James rappelait la classe à l’ordre.

— Donc, tu crois encore que je suis une plante ? demanda Laurel dans un murmure.

— Une plante incroyablement et grandement évoluée, répliqua David. Mais oui, une plante.

— C’est moche.

— Je ne sais pas, répondit David avec un grand sourire. Je pense que c’est plutôt cool.

— Évidemment ; c’est toi le petit fou des sciences. Je suis juste la fille qui veut réussir à suivre son cours de gymnastique sans se faire remarquer.

— Bien, insista David. Je vais penser que c’est cool pour nous deux.

Laurel se tordit de rire et attira l’attention de monsieur James.

— Laurel, David ? Aimeriez-vous partager votre blague avec le reste de la classe ? demanda-t-il, une main sur sa hanche maigre.

— Non, Monsieur, répondit David. Mais merci d’avoir posé la question.

Les étudiants autour de lui s’esclaffèrent ; monsieur James, lui, n’eut pas l’air content. Laurel s’appuya sur sa chaise et sourit largement. David, un. Professeur qui souhaite être aussi intelligent que David ? Zéro.

Le samedi, Laurel et David se rencontrèrent chez lui pour « étudier ». David lui montra un article qu’il avait trouvé en ligne sur la façon dont les plantes absorbent le gaz carbonique à travers leurs feuilles.

— Et qu’en est-il pour toi ? voulut-il savoir.

Elle était assise sur son lit, ses pétales libres tournés vers la fenêtre donnant à l’ouest, où ils pouvaient absorber la lumière du soleil. C’était l’un des nombreux avantages « d’étudier » presque tous les jours après l’école dans la maison vide de David. Ce dernier faisait même un valeureux effort pour ne pas la regarder fixement. Laurel ignorait toutefois si les regards qu’il lui jetait discrètement étaient dirigés vers ses pétales ou sur son ventre dénudé.

Dans un cas comme dans l’autre, cela ne l’ennuyait pas.

— Eh bien, je n’ai pas de feuilles – mises à part les toutes petites sous les pétales. Pour l’instant, ajouta-t-elle de manière énigmatique.

— Techniquement, non, mais je crois que ta peau compte probablement.

— Pourquoi ? A-t-elle l’air un peu verte ces jours-ci ? demanda-t-elle avant de serrer les lèvres.

Cette idée lui rappelait Tamani et ses cheveux verts. Elle ne voulait pas penser à lui. C’était trop déroutant. Et cela lui semblait injuste de songer à lui quand elle était avec David. Déloyal, d’une étrange façon. Elle gardait ce genre de pensées pour la nuit, juste avant de s’endormir.

— Les feuilles ne sont pas toutes vertes, continuait à jacasser David sans rien remarquer. Les feuilles, pour la plupart des plantes, sont ce qui occupe la plus grande partie de leur surface ; pour toi, il s’agirait de ta peau.

Il rougit.

— Il est vrai que tu aimes porter des débardeurs même quand il fait froid.

Laurel brassa son Sprite avec sa paille.

— Alors, pourquoi est-ce que je respire ? Je respire, tu sais, affirma-t-elle ostensiblement.

— Mais est-ce que cela t’est nécessaire ?

— Que veux-tu dire, nécessaire ? Bien sûr que oui.

— Je ne crois pas. Pas comme pour moi, en tout cas. Ou du moins, pas aussi fréquemment. Combien de temps peux-tu retenir ton souffle ?

Elle haussa les épaules.

— Assez longtemps.

— Allons, tu as déjà nagé – tu dois avoir une idée. Une estimation approximative, insista-t-il quand elle secoua la tête.

— Je me contente de sortir quand je n’ai plus besoin d’être sous l’eau. Je ne vais pas souvent sous l’eau, de toute façon. Uniquement pour me mouiller les cheveux, alors je ne sais pas.

David lui lança un grand sourire et désigna sa montre.

— Devrions-nous le découvrir ?

Laurel le regarda pendant quelques secondes, puis elle repoussa son soda et se pencha en avant et assena de petits coups dans la poitrine de David, un grand sourire aux lèvres.

— Je suis fatiguée de servir de cobaye. Voyons pendant combien de temps, tu peux retenir ta respiration.

— Très bien ; mais tu seras la suivante.

— Marché conclu.

David prit plusieurs profondes bouffées d’air et quand Laurel lui donna le signal, il inspira à pleins poumons et s’installa confortablement dans sa chaise. Il tint le coup pendant cinquante-deux secondes avant que l’air ne s’échappe de lui et que ce soit au tour de Laurel.

— On ne rit pas, l’avertit-elle. Tu vas probablement me surpasser haut la main.

— J’en doute énormément.

Il lui décocha un petit sourire satisfait, avec cet air d’assurance qu’il affichait toujours quand il était certain d’avoir raison.

Laurel prit une profonde respiration et s’appuya sur les oreillers de David. Il lança la minuterie avec un petit bip.

Cela la troublait de voir son sourire confiant pendant que les secondes s’égrenaient, alors elle se tourna vers la fenêtre. Elle observa un oiseau voler dans le ciel bleu pâle jusqu’à ce qu’il s’envole au-dessus d’une colline et disparaisse.

Comme il n’y avait rien d’autre de palpitant à admirer, elle s’intéressa à sa poitrine. Elle commençait à se sentir inconfortable. Elle attendit encore un peu avant de décider qu’elle n’aimait pas la sensation et de laisser sortir son souffle.

— Voilà. Quel est le verdict ?

David regarda sa montre.

— As-tu retenu ta respiration aussi longtemps que tu en es capable ?

— Aussi longtemps que je l’ai voulu.

— C’est différent. Aurais-tu pu continuer ?

— Sûrement ; mais cela devenait inconfortable.

— Combien de temps de plus ?

— Je ne sais pas, dit-elle, énervée à présent. Combien de temps ai-je duré ?

— Trois minutes et vingt-huit secondes.

Il fallut un moment avant que les chiffres prennent leur sens. Elle s’assit.

— M’as-tu laissé gagner ?

— Nan. Tu viens de prouver ma théorie.

Laurel examina son bras.

— Une feuille ? Vraiment ?

David lui prit le bras et plaça le sien à côté.

— Observe : si tu regardes attentivement, nos bras ne se ressemblent pas tout à fait. D’accord, les veines sont habituellement plus visibles chez les gars de toute façon, mais avec ta peau diaphane, tu devrais au moins être en mesure de distinguer de pâles lignes bleues. Tu n’en as pas.

Laurel examina son bras, puis demanda :

— Quand as-tu remarqué cela ?

Il haussa les épaules, l’air coupable.

— Quand j’ai vérifié ton pouls. Mais tu étais tellement bouleversée que je me suis dit que cela pouvait attendre. D’ailleurs, je voulais d’abord effectuer quelques recherches.

— Merci… je crois.

Elle resta silencieuse pendant un très long moment pendant que les pensées se précipitaient dans son esprit. Cependant, elle en arrivait toujours à la même conclusion.

— Je suis vraiment une plante, non ?

David leva les yeux vers elle, puis acquiesça gravement d’un signe de tête.

— Je le crois.

Laurel ne sut pas trop pourquoi les larmes lui vinrent aux yeux. Ce n’était pas exactement une surprise. Sauf qu’elle ne l’avait jamais réellement accepté avant cet instant. À présent que c’était fait, elle éprouva un mélange accablant de peur, de soulagement, de stupéfaction et d’étrange tristesse.

David grimpa sur le lit pour s’installer à côté d’elle. Sans un mot, il s’appuya sur la tête de lit et l’attira contre lui. Elle se laissa aller, savourant le sentiment de sécurité qu’elle éprouvait dans ses bras. Les mains de David se baladaient occasionnellement le long de ses bras et de son dos, évitant soigneusement ses pétales.

Elle entendait son cœur battre à un rythme régulier qui lui rappelait que certaines choses restaient normales. Fiables.

La chaleur de son corps s’infiltrait en elle, la réchauffant d’une façon assez semblable à celle du soleil. Elle sourit et se blottit un peu plus près.

— Que fais-tu samedi prochain ? lui demanda David ; sa voix résonna dans son torse, là où elle appuyait son oreille.

— Je ne sais pas. Et toi ?

— Cela dépend de toi. Je réfléchissais aux propos de Tamani.

Elle leva la tête de sur son torse.

— Je ne veux pas discuter de cela.

— Pourquoi pas ? Il avait raison à propos du fait que tu es une plante. Il avait peut-être raison… à propos du fait que tu es une fée.

— Comment peux-tu même oser dire cela alors que ton microscope peut t’entendre ?

Laurel rit, essayant de badiner.

— Il pourrait cesser de fonctionner s’il réalise que son propriétaire se montre aussi peu scientifique.

— C’est assez peu scientifique d’avoir une amie qui est une plante, répliqua David, refusant de lui permettre d’adopter un ton humoristique.

Laurel soupira, mais elle laissa sa tête retomber sur son torse.

— Chaque petite fille souhaite un jour être une princesse, une fée, une sirène ou je ne sais quoi. Particulièrement celles qui ne connaissent pas leur mère biologique. Mais tu abandonnes ce rêve quand tu as, genre, six ans. Personne ne croit encore cela à l’âge de quinze ans.

Elle serra la mâchoire avec obstination.

— Les fées n’existent pas.

— Peut-être pas, mais tu n’as pas besoin d’être une véritable fée.

— Que veux-tu dire ?

David fixait la fleur.

— Il y a un bal costumé à l’école samedi prochain. J’ai pensé que tu pourrais y aller en tant que fée et essayer le rôle. Tu sais, t’habituer à l’idée d’un costume avant de t’attaquer à l’idée que c’est vrai. Devenir à l’aise avec le concept.

— Quoi ? Enfiler des ailes et porter une robe excentrique ?

— Il me semble que tu as déjà des ailes, dit David d’un ton sérieux.

Laurel finit par comprendre ce qu’il sous-entendait et elle le regarda, incrédule.

— Tu veux que j’y aille ainsi ? Avec ma fleur exposée à tous les regards ? Tu dois être fou ! Non !

— Écoute-moi, insista David en se rassoyant. J’y ai déjà réfléchi. Tu sais, les guirlandes de Noël argentées ? Si nous en enroulions à la base de ta fleur et les faisions passer par-dessus tes épaules, personne ne verrait qu’il ne s’agit pas de fausses ailes. On penserait simplement que le costume est génial.

— Je ne pourrais pas faire passer ceci pour un costume, David. C’est trop bien.

David haussa les épaules.

— Les gens croient généralement ce qu’on leur dit.

Il sourit largement.

— Et penses-tu sérieusement que quelqu’un va te regarder et dire : « Hum, je pense que cette fille est une plante » ?

Cela paraissait en effet absurde. L’esprit de Laurel vagabonda vers la robe de soirée scintillante bleu ciel qu’elle avait portée au mariage de la cousine de sa mère l’été précédent.

— Je vais y penser, promit-elle.

 

*

* *

 

Mercredi après les cours, David travaillait, alors Laurel décida de se rendre à la bibliothèque municipale. Elle s’avança vers le comptoir d’information où la bibliothécaire tentait d’expliquer le système de classement décimal Dewey à un enfant qui, clairement, ne comprenait rien ou s’y refusait. Après quelques minutes, il haussa les épaules et s’éloigna.

Avec un soupir frustré, la bibliothécaire se tourna vers Laurel.

— Oui ?

— Puis-je utiliser l’Internet ? lui demanda-t-elle.

La dame sourit, sûrement contente d’entendre une question censée.

— Cet ordinateur là-bas, dit-elle en le pointant. Connecte-toi en entrant ton numéro de carte de bibliothèque et tu auras une heure.

— Juste une ?

La bibliothécaire se pencha vers elle avec un air conspirateur.

— C’est une règle que nous avons dû appliquer il y a quelques mois. Nous avions cette retraitée qui venait jouer aux Cœurs toute la journée sur le Web.

Elle haussa les épaules et se redressa.

— Tu sais comment c’est ; quelques fous gâchent tout pour tous les autres. C’est à haute vitesse, par contre, ajouta-t-elle en lui tournant le dos pour empiler des livres et les passer sous le lecteur optique pour enregistrer leur retour.

Laurel se dirigea vers l’unique isoloir informatisé branché sur Internet. Au contraire de la vaste bibliothèque que Laurel et son père avaient si souvent visitée à Eurêka, celle de Crescent City était à peine plus grande qu’une maison normale. Elle contenait une étagère de bandes dessinées et autre de romans pour adultes ; pour le reste, elle ne comprenait que de vieux livres de référence. Et même pas en quantités importantes.

Elle s’assit devant l’ordinateur et se connecta. Après avoir jeté un bref coup d’œil à sa montre, elle commença ses recherches sur Google.

Quarante-cinq minutes plus tard, elle avait trouvé des photos de fées vivant dans des fleurs, portant des vêtements faits avec des fleurs et sirotant du thé dans de minuscules tasses en fleurs. Cependant, il n’y avait aucune mention de fées étant véritablement des fleurs. Ou des plantes. Ou autre chose. Médiocre, songea-t-elle avec mauvaise humeur.

Elle commença à lire un long article sur Wikipédia, mais à toutes les deux ou trois phrases, elle devait fouiller un lien qu’elle ne comprenait pas. Jusqu’à maintenant, elle n’avait lu que quelques paragraphes.

Prenant une grande respiration, elle plissa les yeux et recommença à lire.

— J’adore les fées !

Laurel tomba presque de sa chaise en entendant la voix de Chelsea dans son oreille droite.

Celle-ci se laissa choir sur un siège à côté de Laurel.

— Je suis passée par cette phase il y a environ un an, où tout ce que je fabriquais était lié aux fées. J’ai, genre, dix livres qui ne parlent que de fées et des photos collées à mon plafond. J’ai même trouvé un dépliant à propos de la théorie de conspiration de ce gars qui croit que l’Irlande est dirigée par la Cour Seelie. Et même si ses idées étaient un peu tirées par les cheveux, il faisait quand même remarquer quelques points valables.

Laurel ferma son fureteur aussi vite que possible, bien que la phrase trop peu, trop tard lui vint à l’esprit.

— Au Moyen Âge, les gens étaient convaincus que tout ce qui arrivait de mal était causé par les fées, poursuivit Chelsea, ne paraissant pas s’apercevoir que Laurel n’avait pas encore prononcé un mot. Bien sûr, ils pensaient aussi que tout ce qui était bon arrivait grâce à elles, alors j’imagine que c’était juste. Encore que…

Elle sourit largement.

— Alors, pourquoi effectuais-tu des recherches sur les fées ?

La bouche de Laurel devint sèche. Elle tenta d’inventer un prétexte quelconque, mais après avoir essayé de comprendre des douzaines de légendes conflictuelles sur les fées, elle ne trouvait rien.

— Hum, je voulais seulement en apprendre plus pour…

Elle se rappela que Chelsea assistait à son cours d’anglais juste à temps pour ne pas s’en servir comme excuse.

Puis, elle se souvint de la proposition de David.

— Je vais à la danse costumée en fée ce samedi, lâcha-t-elle impulsivement. J’ai pensé que je pourrais en apprendre un peu plus sur le sujet avant.

Le visage de Chelsea s’illumina.

— C’est tellement génial. Je veux tellement être une fée aussi. Nous devrions essayer d’assortir nos costumes.

Oh, super.

— En fait, David me fabrique des genres d’ailes. Il dit que c’est une surprise.

— Oh.

Chelsea hésita pendant seulement une seconde.

— Ça va. Je devrais probablement collaborer avec Ryan de toute façon.

Ses joues rougirent légèrement.

— Il m’a demandé de l’accompagner vendredi dernier.

— C’est formidable.

— Ouais. Il est mignon. N’est-ce pas qu’il est mignon ?

— Bien sûr.

— Bien.

Elle sembla perdue dans ses pensées pendant un moment.

— Alors, tu y vas avec David ?

Laurel hocha la tête.

Chelsea sourit, bien que son sourire parut un peu chagriné.

— Eh bien, tu feras une fée superbe. Tu as presque l’air d’une fée de toute façon, donc ce sera parfait.

— C’est vrai ?

Chelsea haussa les épaules.

— Je trouve. Particulièrement avec tes cheveux et ta peau qui sont si pâles. Les gens pensaient auparavant que les anges étaient des fées, alors les fées doivent être très pâles et avoir un air fragile.

Fragile ? songea Laurel, un peu décontenancée.

— Tu auras l’air parfaite, affirma Chelsea. Je t’attendrai près de la porte. Je veux voir ton costume en premier.

— Marché conclu, répondit Laurel avec un sourire forcé.

Elle n’aimait pas la façon dont elle venait de se prendre au piège de l’idée de David. Toutefois, c’était mieux que d’avouer la vérité à Chelsea.

— Pourquoi est-ce que tu navigues ici de toute façon ? s’enquit Chelsea. N’es-tu pas branchée à la maison ?

— Seulement l’accès par ligne commutée, reconnut Laurel en levant les yeux au ciel.

— Vraiment ? Ça existe encore ? Mon père est technicien en informatique et il a installé un réseau sans fil partout dans la maison. Nous avons Internet à haute vitesse sur six ordinateurs. Tu devrais venir chez moi la prochaine fois. Beaucoup de bande passante et mes livres en prime, d’accord ?

Laurel acquiesça instinctivement, mais elle ne pourrait jamais aller chez Chelsea pour effectuer ses recherches. Son amie était trop intelligente – elle résoudrait le mystère en rassemblant tous les éléments.

En supposant qu’il y ait des éléments à rassembler. Laurel n’avait pas découvert une seule source qui parlait de fées lui ressemblant un tant soit peu. Ce qu’elle avait déniché de plus près, c’était les dryades – esprits des forêts –, et elles n’étaient que les esprits des bois.

Elle était plutôt certaine de ne pas être un esprit.

— Bon, je dois partir, déclara Chelsea. Je dois faire de véritables recherches.

Elle leva son manuel d’histoire.

— Je suis censée trouver au moins trois sources, sans inclure la Toile. Je le jure, madame Mitchell est tellement vieux jeu. En tout cas, on se voit demain ?

— Ouais, dit Laurel en agitant la main. À demain.

Elle se tourna vers l’ordinateur pour effectuer une dernière recherche. Mais quand elle ouvrit son fureteur, elle s’aperçut que son délai avait expiré.

Laurel soupira et ramassa ses notes éparses. Si elle voulait plus de temps, elle devrait revenir un autre jour. Elle jeta un coup d’œil vers les étagères où elle pouvait voir les boucles dansantes de Chelsea.

La maison de Chelsea serait plus pratique.

Dommage que le côté pratique se trouvait au bas de sa liste de priorités ces jours-ci.

 

Ailes
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